jeudi 6 octobre 2016

ROMAN FRANÇAIS : Amours futures

Et si, demain, les romans étaient écrits par des robots ? Sur ce point de départ, Antoine Bello développe un roman brillant, à la fois drôle et vertigineux, intrigant et inquiétant. En un mot : formidable.

La question ne cesse de se poser au fil de la lecture, rendant celle-ci plus réjouissante et vertigineuse encore : mais qu’est-ce que je suis en train de lire ? Un roman policier ? Un exercice de pure littérature ? De la science-fiction ? Un essai sur le langage ? Une réflexion philosophique sur le monde actuel et ses dérives ? Et la réponse qui vient à la fin ne permet guère de trancher, et c’est tant mieux. Car Ada, le nouveau et très brillant nouveau roman d’Antoine Bello (l’auteur de Roman américain ou des Producteurs), est tout cela à la fois, et sans doute pas mal d’autres choses encore. Résumons : Frank Logan, un policier assez peu technophile, est chargé d’enquêter dans la Sillicon Valley sur la disparition d’Ada. Rien que de banal à priori, les adolescentes disparues faisant partie du quotidien de la police. Sauf qu’il ne s’agit pas de cela, Ada étant en fait une AI, une intelligence artificielle, en l’occurrence un programme informatique expérimental et secret destiné à écrire des romances à l’eau de rose à succès. Et si le premier manuscrit qu’elle vient d’achever n’est pas tout à fait au point (des passages scatologiques surgissent lors des scènes de tendresse, et le vocabulaire est parfois très peu approprié), ses concepteurs sont sûrs que ce n’est qu’une question de temps… L’enquête de Logan au sein de la Turing Inc prend ainsi la forme multiple d’une plongée en eaux futuristes très troubles, et Bello s’amuse à y questionner tant la science que la littérature, tant l’obsession de l’argent que les ressors des histoires d’amour. Souvent accusé d’être un intellectuel aux machineries glacées, Antoine Bello fait montre ici de beaucoup d’humour et de second degré dans la construction et l’écriture de cette histoire pleine d’imprévus dont, au final, on se demande qui en est l’auteur… 

Antoine Bello, Ada, éd. Gallimard, 21 €.

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