lundi 31 octobre 2016

RECIT : Eloge du “vivre ensemble”

On connaissait le parolier et chanteur, voici l’écrivain qui s’avance. Magyd Cherfi, l’homme de Zebda tombe le masque avec un récit autobiographique ciselé et percutant…

On parle beaucoup, depuis sa parution en août, du sujet de Ma part de Gaulois, et de sa résonance dans la société actuelle. Mais ce qu’il faut d’abord souligner face à ce récit de la jeunesse d’un jeune beur des quartiers de Toulouse à l’aube des années 1980, c’est sa dimension littéraire. Car si Magyd Cherfi raconte là sa désillusion face à l’échec de la France dans l’intégration de ses minorités, il le fait à la manière d’un cri d’amour à la langue française. Car elle pétille ici, elle claque, elle virevolte, elle glisse malicieusement d’un registre à l’autre, de l’argot au classicisme, prouvant à chaque page que Cherfi est un écrivain, et pas qu’un peu. C’est d’ailleurs aussi ce qu’a voulu signifier l’Académie Goncourt en mettant son livre sur sa première liste. Ma Part de Gaulois est donc bien plus qu’un simple témoignage, qu’un simple récit, qu’une simple résurrection d’un temps où les banlieues pensaient que l’avenir et la société française leur ouvraient les bras. 1981. Le petit Magyd s’apprête à passer le bac, il est le premier de sa rue à Toulouse, et c’est un sacré espoir parmi ces autres gamins qui n’ont pas comme lui l’amour de la langue et de la culture, et qui se moquent de ce garçon qui préfère ses livres au foot. 1981, Mitterrand s’apprête à entrer à l’Elysée, et c’est un autre espoir. Il y a de la tendresse dans ce que raconte Cherfi, de la poésie, de l’humour, de la gouaille, de la tristesse aussi, et même de la colère, face à ce pays qui n’a pas su faire une place à ses enfants issus de l’immigration. "L'exception française, c'est d'être français et de devoir le devenir”, écrit-il, dépité. Il n’y a pourtant aucune résignation ici, en dépit de ce qui se trame à la fois dans les urnes et dans les cités et qui semble repousser aux calendes grecques un avenir commun radieux. Le “vivre ensemble”, Magyd Cherfi veut y croire, malgré les erreurs et les échecs du passé. Son livre, vibrant, lucide, nécessaire, nous dit d’ailleurs que c’est la seule solution. 

Magyd Cherfi, Ma Part de Gaulois, éd. actes Sud, 19,80 €.

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