samedi 20 août 2016

EN POCHE : La place du mort

Dans une ferme des Pays-Bas, un quinquagénaire solitaire prend conscience d'être passé à côté de sa vie. Est-il trop tard ? Premier roman du Néerlandais Gerbrand Bakker, Là-haut tout est calme séduit par ses silences et sa poésie…

C'est un plat pays, de champs, d'eau et de ciels bas, à l'écart du monde et du temps. D'ailleurs, celui-ci semble s'y être arrêté. Dans la ferme des Van Wonderen plus qu'ailleurs. Un promeneur en canoë situera dans les années 60 ce moment où tout s'est figé. Et c'est bien vrai. En 1967, lorsqu'un accident a coûté la vie de Henk, 20 ans, celui qui devait reprendre l'exploitation familiale, celle de Helmer, son jumeau, a connu un coup d'arrêt : finies les études de lettres à Amsterdam et les rêves d'émancipation, il devra s'occuper des vaches et des brebis. Et pendant trente-sept ans, cela a recommencé, matin après matin, jour après jour, à l'identique, sous la houlette du père. Et puis ce matin-là où commence le roman, Helmer installe son père devenu grabataire à l'étage. Dans la foulée, il repeint et réagence le rez-de-chaussée, comme s'il commençait à se reprendre en main… Mais le passé le rattrapera et, qui sait ?, lui ouvrira les portes de l'avenir… Avec une remarquable économie de mots et d'effets, Gerbrand Bakker parvient à faire exister des gouffres, des déserts, des vertiges, tous ces sentiments morts qui occupent toute la place dans la vie d'Helmer. Roman taciturne, taiseux, atone en apparence mais tout en poésie diffuse, Là-haut tout est calme est une merveille qui parle des illusions enfuies, de la gémellité, du désir interdit, de l'héritage, de la séparation, de la reconstruction. C'est beau de bout en bout. Le nouveau roman de Gerbrand Bakker, Juin, vient de sortir. Nul doute qu'après la lecture de celui-ci, vous aurez envie de vous y plonger.

Gerbrand Bakker, Là haut tout est calme, éd. Folio, 7,70 €.
Gerbrand Bakker, Juin, éd. Gallimard, 22 €.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire