mercredi 1 juin 2016

ROMAN ETRANGER : Les secrets et la transparence

Quinze ans après ses prodigieuses Corrections, Jonathan Franzen confirme qu'il est bien l'un des très grands romanciers américains d'aujourd'hui. Foisonnant et addictif, Purity est le portrait d'une jeune femme en quête d'identité et à la recherche de son père…

Il ne faut pas voir Purity comme un gros roman effrayant, mais bien comme un long et passionnant feuilleton. Car les 750 pages de ce roman défilent à toute allure, multipliant intrigues et personnages, rebondissements et histoires secondaires, comme dans les meilleures séries dont on dévore tous les épisodes par un dimanche de pluie, parce qu'on veut savoir, parce que les héros nous sont devenus, instantanément, proches, parce que ce genre est addictif. Il y aura d'ailleurs prochainement une série adaptée de Purity, et ce n'est pas un hasard. Se risquer à résumer l'intrigue, c'est à coup sûr réduire la richesse du matériau que déploie avec brio Franzen. Et s'il faut tenter vraiment, disons qu'il s'agit de l'histoire de Purity, jeune américaine surnommée Pip, accablée par un très lourd prêt étudiant et par une mère un peu folle, qui se lance à la recherche de son père, quête identitaire qui la mènera en Amérique du Sud et conduira aussi le lecteur en Allemagne de l'Est. On a dit ça, on n'a rien dit, car Purity parle aussi des lanceurs d'alerte sur Internet, de la paranoïa, du mensonge, de l'éducation des enfants, du journalisme d'investigation, du poids du passé, du désir… C'est tout un monde que développe Franzen et que croise Purity au fil de ses rencontres, et tandis que le romancier noue les multiples fils de ses intrigues pour nous prendre dans ses filets, on comprend peu à peu que le grand sujet de ce livre foisonnant, ce sont les secrets. Ceux des uns et ceux des autres, ceux des individus et ceux des sociétés, ceux que l'on cache et ceux que l'on ne s'avoue même pas à soi-même, ceux qu'il faut révéler et ceux qui pourraient être dangereux… Mine de rien, Jonathan Franzen raconte là notre époque obsédée par une transparence idéalisée et forcément (heureusement ?) impossible… Un grand livre.

Jonathan Franzen, Purity, éd. de l'Olivier, 24,50 €.

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