dimanche 10 avril 2016

ROMAN FRANÇAIS : Wagnerland

A priori, on se dit qu'un parc d'attraction dédié à Wagner a peu de chances d'enthousiasmer les foules. Et pourtant… Pour ce premier roman plein d'originalité, Yves Gourvil a choisi ce curieux décor et nous donne furieusement envie d'aller y faire un tour…

Wagner, Bach, Schubert, Verdi, mais aussi Nino Rota et Yves Montand : la bande son qui rythme les pages de ce premier roman d'Yves Gourvil est pour le moins éclectique. Elle est surtout loin d'être anecdotique, tant la musique (classique, pour l'essentiel) est un personnage à part entière de ce récit fantasque et diablement inventif. Car c'est bien pour célébrer l'opéra et les grands compositeurs que le héros de cette histoire se lance dans un projet fou auquel il va malgré tout, grâce à un gros héritage, donner le jour : il a en effet l'idée de créer, dans un coin mal famé et peu engageant de la banlieue nord parisienne, un parc d'attraction. Pourquoi pas, pourrait-on penser, quand on constate au succès de Disneyland. Sauf qu'ici, pas de "Space mountain" ou de "Pirates des Caraïbes" pour attirer les foules, mais bien des animations dédiées à Wagner & Co. Autant dire que ce n'est pas gagné. C'est en tout cas ce que pense le narrateur lorsque Moïse Chant-d'Amour (sacré nom !) lui résume son projet. Et pourtant, de rencontres improbables en engouements collectifs, la sauce prend et des initiatives merveilleuses prennent corps, des amitiés se créent, des solidarités naissent entre tous les exclus qui se retrouvent dans cette espace en marge de la société de consommation, notamment une incroyable chorale… Pour son premier essai de plume, le comédien Yves Gourvil révèle une imagination débordante mais aussi un univers singulier. On se laisse porter par l'énergie vitale de ce récit chaleureux, et surtout on se sent très vite infiniment proche de ces personnages généreux et à l'humanité en bandoulière. Vif, drôle, tendre, parfois tragique dans sa peinture de la cruauté du monde contemporain, Requiem des aberrations est une épatante découverte.

Yves Gourvil, Requiem des aberrations, éd. du Sonneur, 18 €.

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