vendredi 11 mars 2016

ROMAN NOIR : Après le Goncourt…

Trois ans après son prix Goncourt pour Au revoir, là-haut, Pierre Lemaitre renoue avec sa veine noire. Et si Trois jours et une vie n'est pas vraiment un polar, il n'en commence pas moins par un crime…

Le titre dit bien ce qui est en jeu dans ce roman : un moment très court et ses conséquences au long terme. Trois jours où tout bascule et une vie pour en payer le prix. Ici, il s'agit d'un crime, celui d'un petit garçon, Antoine, 12 ans, qui en tue un autre dans un village lorrain, et cache le cadavre dans le creux d'une souche d'arbre. Pendant toutes les années qui vont suivre, il va devoir vivre avec la culpabilité de cet acte et avec la craine d'être démasqué. Tout en s'attachant à décrire avec précision le contexte social de l'enfance d'Antoine — cette Lorraine ouvrière en pleine crise —, tout en dessinant avec une cruauté presque chabrolienne les habitants de la petite ville où se déroule le drame, tout en étudiant sans aménité les réactions des uns et des autres, Pierre Lemaitre s'attarde surtout sur la personnalité de son jeune héros et son cheminement à travers les années. Son éloignement progressif du lieu de son crime. Sa sexualité débridée liée peut-être elle aussi à cet événement de son enfance. Ses études brillantes en médecine comme une rédemption. Et puis le retour du passé… Réussissant un brillant retournement final, totalement inattendu, Pierre Lemaitre renoue avec ce livre avec le genre qui l'a vu débuter, le roman noir, mais sur un mode moins gore, moins tendu, plus psychologique, plus littéraire que dans Alex ou Robe de marié. Et il confirme ce faisant son statut de raconteur d'histoires hors pair.

Pierre Lemaitre, Trois jours et une vie, éd. Albin Michel, 19,80 €.

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