mardi 12 janvier 2016

ROMAN FRANÇAIS : Etrange voyage


Entre le bien et le mal, entre la nature et la culture, entre l'homme et l'animal… Sylvie Germain signe un nouveau roman magistral et sensoriel qui ramène à l'essentiel…

"Ecrire, est une quête d'un peu de compréhension de ce qui est humain". Dans son nouveau roman, A la table des hommes, Sylvie Germain suit à nouveau ce précepte énoncé par elle lors d'une interview et auquel on pourrait raccrocher toute son œuvre. Car depuis une trentaine d'années, avec une cohérence rare, la romancière avance ainsi sans trembler sur ces chemins escarpés : qu'est-ce qu'un homme ? qu'est-ce qui constitue l'humanité ? Questions obsédantes qui hantent son œuvre foisonnante, et que l'on retrouve dans ce nouveau roman, couplées avec cette interrogation sur le Mal qui, elle aussi, est partout dans ses livres. A la table des hommes ne surprendra donc pas les habitués de l'univers de la romancière couronnée il y a dix ans par le Goncourt des Lycéens pour Magnus, tant elle y examine une fois encore ses motifs récurrents. Quel roman mystérieux que celui-ci pourtant, dont le héros, Babel, traverse un monde en pleine apocalypse et se réinvente. On le découvre sous l'apparence d'un cochon, on le retrouve plus loin enfant sauvage repabtisé Abel, découvrant les mots, la culture, Dieu… On le ressent bien à la lecture de ces lignes : il n'y a pas de limites à l'imaginaire de Sylvie Germain. Fable, conte, parabole, mythes revisités, anticipation, regard acéré sur notre présent (les attentats terroristes résonnent au final de ce roman), A la table des hommes est un intrigant voyage dans lequel on se laisse glisser tous sens en éveil. Car ce qui frappe dans ce livre étrange, irrésumable, c'est la manière très sensorielle dont Sylvie Germain décrit la forêt, la campagne, les jardins, les vieilles fermes, dont elle parle aussi de la violence des temps et du monde. A la fois mystique et charnel, poétique et concret, son art majeur n'appartient qu'à elle.

Sylvie Germain, A la table des hommes, éd. Albin Michel, 19,80 €.

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