mercredi 20 janvier 2016

ROMAN FRANÇAIS : Après Eddy Bellegueule…


Deux ans après le succès de son très autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard  Louis revient avec un nouveau roman aussi intense et dur que le premier…

Une rencontre qui tourne mal… Histoire de la violence commence ainsi, et s'articule entièrement autour de ce moment : la rencontre, la nuit du 24 décembre à Paris, entre un jeune intellectuel rentrant chez lui à vélo, Edouard, et un bel inconnu qui l'aborde, Reda, et qu'il emmène dans son appartement. Tout commence bien, douceur, paroles… Et puis tout bascule. Reda tente d'étrangler Edouard, le menace d'un revolver, le viole. Le livre ne va cesser de revenir là, avec le récit qu'Edouard Louis en fait à ses amis, aux médecins, aux inconnus, à sa sœur, avec le traumatisme qui ne cesse d'en revenir et qu'il faut évacuer, avec la peur qui s'installe que ça recommence, que Reda (s'appelle-t-il vraiment Reda ?) revienne… Pour relater cela, ce permanent retour de ce passé qui ne passe pas, Edouard Louis choisit la déconstruction, fracturant le temps et la chronologie, zigzaguant entre les lieux, divisant en deux la narration… Cela pourrait être complexe, c'est au contraire limpide, infiniment éclairant. La grande idée d'Histoire de la violence, c'est de donner à entendre deux voix qui se répondent et s'entremêlent, se complètent, se contredisent, s'affrontent parfois, jusque dans le choix des mots et la structure des phrases : la voix érudite que s'est choisie Edouard Louis durant ses études et ce changement de classe sociale raconté dans Eddy Bellegueule, et celle, populaire, venue de leur Nord prolétaire natal, de sa sœur, Clara. Ce faisant, avec ce dispositif puissant et d'une grande pertinence, Edouard Louis confirme qu'il est un véritable écrivain pas juste un scripteur de son existence. A suivre, forcément.

Edouard Louis, Histoire de la violence, éd. du Seuil, 18 €.

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