vendredi 18 septembre 2015

ROMAN FRANÇAIS : La légende du siècle

Après Théo et Vincent Van Gogh (C'était mon frère) il y a quelques années, c'est à un autre génie, Victor Hugo, que s'intéresse Judith Perrignon dans ce roman ambitieux qui saisit le poète au moment de sa mort…

Il va mourir. Il est mort. 22 mai 1885, la légende du siècle, le grand écrivain, le penseur, la conscience de la nation n'est plus. Et c'est tout un pays qui le pleure. C'est à cela que s'est intéressée Judith Perrignon dans ce roman tout à fait singulier : pas tant à Hugo lui-même ou à sa disparition qu'à ce qu'elle provoque dans toutes les couches de la société, des proches de l'auteur des Misérables jusqu'aux ouvriers, de la classe politique qui tente de déterminer s'il faut ou non le faire entrer au Panthéon jusqu'au milieu littéraire, de la police qui s'inquiète des débordements lors d'obsèques qui s'annoncent grandioses jusqu'au peuple de Paris bouleversé par cette nouvelle… Judith Perrignon alterne ces multiples personnes, leurs pensées, leurs interrogations, leur regard sur Hugo, établissant de fait un formidable portrait de la société française d'alors, dans sa diversité : une diversité qui se retrouve pourtant dans la célébration de celui qui vient de mourir. Si elle ne privilégie aucun des multiples personnages — tous réels — de son roman, l'auteure laisse pourtant poindre une certaine tendresse pour Lockroy, le gendre si mal-aimé du poète qu'il admire tant et dont il organisera les funérailles… Le texte est incroyablement riche, porté par une impressionnante documentation dont le poids ne se fait jamais sentir dans ce roman ambitieux à la construction très rapide et au style lyrique et inspiré.

Judith Perrignon, Victor Hugo vient de mourir, éd. L'Iconoclaste, 18 €.

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