samedi 21 février 2015

PREMIER ROMAN : Les mains sales

La Terre sous les ongles est un premier roman qui ne ressemble guère à ce qu'on a l'habitude de mettre derrière cette expression. S'il y a une part autobiographique, Alexandre Civico la dissimule dans un road movie hyper concentré (140 pages à peine) et très noir, entre voyage et voyage intérieur…

Une puissante berline allemande file de France vers l'Espagne. début d'un road-movie noir et puissant tandis qu'on entend un "paquet qui, dans le coffre, cogne au moindre virage dans un bruit anthracite." Qu'est-ce que ce paquet ? C'est un des mystères, vite levés, de ce texte brut qui travaille énormément sur la langue autant que sur l'action, la langue des origines, la langue de sa classe sociale à laquelle on n'échappe jamais, la langue du passé qui remonte. Tout est tendu à l'extrême dans ce premier roman dont la brièveté dit assez l'énergie et l'intensité. On comprend vite que tout cela est une fuite mais que le narrateur est sans cesse rattrapé par son histoire d'immigré, par le périple inverse de sa famille quelques années auparavant, par une vie qui ne pouvait le mener que là, dans cette voiture, sur cette autoroute, avec ce cadavre dans le coffre et d'autres, plus symboliques, dans le placard… Avec ce premier roman dont on peut dire qu'il est, à sa singulière manière, un concentré de roman noir, Alexandre Civico fait preuve d'une sacré maîtrise tant de son récit que de son écriture, nous embarquant à la suite de ce narrateur qui s'adresse directement à nous avec ce "tu" si râpeux. Âpre, dur, sec, La Terre sous les ongles ne propose pas un voyage de tout repos, mais un voyage qui ne se laisse pas facilement oublier. Une belle découverte.

Alexandre Civico, La Terre sous les ongles, éd. Rivages, 15 €.

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