samedi 17 janvier 2015

ROMAN ETRANGER : Le diable, probablement…

Personne n'écrit et ne publie autant que Joyce Carol Oates. Mais surtout, quasiment personne n'écrit aussi brillamment et ne publie autant de chefs-d'œuvres que la grande romancière américaine. Nouvelle preuve avec ce fastueux Maudits !

Il faudrait être sacrément inconscient pour tenter de résumer en deux phrases les 800 pages de cette extravagante et brillantissime variation sur le roman gothique qu'est Maudits. Tout juste peut-on dire que tout cela se déroule en 1905-1906 dans une très paisible ville universitaire américaine, Princeton, qui se révèle le cadre non seulement de rivalités intellectuelles et sociales mais surtout d'une terrible malédiction qui, tour à tour, touche plusieurs des grandes familles du lieu… Entre récit historique dans lequel on rencontre un ex et un futur président américain (Grover Cleveland et Woodrow Wilson) mais aussi des écrivains à la forte fibre sociale (Upton Sinclair et Jack London), et récit fantastique nous conduisant entre autres dans des enfers aux allures de marécages, entre portrait d'une société quasi aristocratique guindée et plongée dans une folie collective révélant pulsions et frustrations sexuelles, Maudits est une œuvre mirifique et réjouissante. Car si l'effroi nous saisit parfois à la lecture de pages directement inspirées des romans gothiques du tournant du siècle, on s'amuse aussi beaucoup, l'ironique Joyce Carol Oates ayant en particulier pris le parti d'utiliser comme narrateur un historien amateur dont les notations ne manquent pas d'un humour involontaire très savoureux. Passionnant de bout en bout, intrigant, étonnant, intelligent en diable, Maudits est de ces romans qu'on ne peut pas lâcher avant de les avoir terminés !

Joyce Carol Oates, Maudits, éd. Philippe Rey, 25 €.

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