dimanche 9 novembre 2014

PRIX GONCOURT : Une très belle surprise

La guerre d'Espagne est au cœur du nouveau Prix Goncourt, ce Pas pleurer dans lequel Lydie Salvayre ressuscite à la fois sa grand-mère et le grand écrivain Georges Bernanos pour un texte poignant et puissant.

On connaît mal Lydie Salvayre, malgré la jolie réputation il y a quelques années de La Compagnie des spectres. C'est donc une vraie révélation que couronne cette année, par surprise, le Prix Goncourt, une romancière exigeante de 66 ans pourtant déjà à la tête d'une œuvre d'une vingtaine de titres. Ici, dans ce livre au titre qui dit la dureté et la dignité, Pas pleurer, elle propose un fort travail sur la mémoire. Pas pleurer, c'est l'histoire d'un été, un été de guerre, l'été 36, et la guerre d'Espagne. Lydie Salvayre, dans une construction très riche de sens et d'échos, fait revivre cet été à travers deux voies. L'une, très personnelle, lui fait mettre en mots les souvenirs de sa propre mère, avec la langue souvent chahutée de cette exilée espagnole, ce "fragnol" (mix de français et d'espagnol) dont elle usait pour raconter notamment ce Barcelone anarchiste où les idéologies se faisaient face. L'autre, universelle, plus classique dans la forme, la met sur les traces de Georges Bernanos, le grand romancier catholique et conservateur que tout aurait dû mettre du côté des franquistes mais qui, révulsé par les crimes des troupes de caudillo, écrit ce texte éclatant qu'est Les Grands Cimetières sous la lune, condamnation sans appel de la montée des fascismes en Europe. Il y a dans l'écriture de Lydie Salvayre une richesse et une puissance assez inouïes, un humanisme poignant, des résonnances jamais forcées avec aujourd'hui, qui rendent ce roman inoubliable.

Lydie Salvayre, Pas pleurer, éd. Seuil, 18,50 €.

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