vendredi 31 octobre 2014

ROMAN FRANÇAIS : Le souffle de l'Histoire

Pour son premier roman, Mathias Menegoz s'essaie à un genre qui n'est plus vraiment à la mode, la fresque historique, et nous plonge dans le XIXè siècle d'une région quasi inexplorée : la Transylvanie. Résultat : un roman majestueux et passionnant.

Vienne, 1833. Alors que les jours de l'empire des Habsbourg semblent figés dans le temps, un jeune comte se bat en duel puis quitte l'armée pour épouser une belle aristocrate au caractère bien trempé. Cent pages plus loin, ils arrivent dans les terres ancestrales de la famille, aux confins de l'Autriche-Hongrie, dans un coin improbable de Transylvanie, région reculée des Balkans qu'on ne connaît guère que par Dracula, et où le régime féodal le plus obtus est toujours en vigueur. En voulant "tout changer pour que rien ne change" (pour reprendre les mots du prince Salina dans Le Guépard), en voulant moderniser pour redonner du lustre à son nom et à ses terres, le comte Korvanyi va déclencher la tempête… C'est un stupéfiant roman, à l'écriture aussi classique que splendide, que signe pour son premier essai Mathias Menegoz. On se laisse embarquer dans cette odyssée à travers l'Europe centrale, où se révèlent des cultures, des modes de vie, une histoire absolument méconnus. Mais la force première de ce très beau livre tient à la justesse absolue de ses personnages, leurs motivations (même les plus folles et les plus tragiques) nous apparaissant logiques tant l'auteur sait nous les rendre proche, nous les faire comprendre de bout en bout. On pense d'abord, en lisant Karpathia, aux élégantes chroniques viennoises de Joseph Roth ou de Stefan Zweig, et puis peu à peu cela prend l'ampleur des fresques de Tolstoï. Porté de bout en bout par un souffle et une beauté de langage plus que rares dans le paysage littéraire français actuel, Karpathia éblouit et passionne.

Mathias Menegoz, Karpathia, éd. POL, 23,90 €.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire