vendredi 31 octobre 2014

ROMAN ETRANGER: Jouer avec le diable

Découvert l'an dernier grâce au très réjouissant et inventif L'Homme qui savait la langue des serpents, l'Estonien Andrus Kirivähk récidive avec ce roman où l'humour, le fantastique et une bonne dose de cruauté ne cessent de s'entrecroiser. Un bonheur de chaque page…

Les amateurs de littérature réaliste risquent fort de ne pas trouver leur compte chez Andrus Kirivähk. Car c'est du côté de la farce, et donc d'un certain merveilleux, que l'auteur estonien déploie avec brio son univers singulier. L'Homme qui savait la langue des serpents nous immergeait dans un temps lointain et indéfini parmi les derniers groupes humains sachant communiquer avec les animaux. Les Groseilles de novembre réinvente lui aussi un mystérieux passé, quelque part dans le moyen-âge estonien, en nous faisant partager le mois de novembre d'un village et de ses drôles d'habitants. Il y a là notamment des paysans qui trafiquent avec le diable (et le roulent parfois…) en lui demandant de donner une âme aux Kratts, étranges créatures faites de bric et de broc ayant pour fonction de voler pour leur maître. Il y a aussi des nobles peu brillants retranchés dans leur manoir, une sorcière qui touille ses potions, un métayer qui fait office de médecin… Bref, toute une humanité largement issue du folklore local, où le christianisme tardif et le paganisme persistant font plus ou moins bon ménage. Inclassable, irrésumable, malicieux, surprenant, Les Groseilles de novembre laisse un goût délicieux dans la mémoire.

Andrus Kivirähk, Les Groseilles de novembre, éd. Le Tripode, 21 €.

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