jeudi 25 septembre 2014

ROMAN ETRANGER : La perte de l'innocence

Depuis la publication à succès l'an dernier du drôle et cruel Karoo, on découvre enfin en France l'œuvre de Steve Tesich, mort en 1996. Price, qui paraît cette année, fut le premier roman de Tesich, en 1982, un inoubliable portrait d'adolescent qui confirme le talent acide de l'auteur…

Comme pour son autre roman, c'est son héros qui donne son titre au livre de Steve Tesich : Karoo se prébommait Saul, Price, lui, s'appelle Daniel, et il a 17 ans. Et si on s'attache à ce garçon, ce n'est pas qu'il soit follement sympathique, mais bien plus simplement parce qu'il incarne à la perfection une certaine image de l'adolescence, désœuvrée, désabusée, imbue d'elle-même et pourtant d'un vide sidérant. Bref, elle ressemble comme deux gouttes d'eau à toutes les adolescences, en version infiniment plus inventive et trash. Car c'est avec un cynisme de toutes les lignes que Steve Tesich nous raconte cet été de Price, où il s'apprête à quitter son école sans savoir quoi faire ensuite, où il s'essaie au premier amour, où il voit son père souffrir mille morts…, où il apprend à vivre en fait, puisqu'il s'agit bien là de ce genre trop souvent balisé qu'est le roman d'initiation, genre qui prend ici une autre dimension. Servi par un sens de la formule cruelle qui fait mouche à tous les coups («Et je refusais de mourir sans avoir la certitude que ma mère et Rachel passeraient le restant de leurs jours rongées par le remords.», «J’avais l’impression que je pouvais lire en elle comme dans un livre ouvert, si ce n’est que ce livre était écrit dans une langue qui m’était étrangère.», «Et si nous nous serrions les coudes, à vrai dire, c’était autant pour nous soutenir mutuellement que pour ne laisser à aucun d’entre nous une chance de prendre son envol.»…), Price raconte avec brio l'histoire de la perte de l'innocence.

Steve Tesich, Price, éd. Monsieur Toussaint Louverture, 21,90 €.

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