jeudi 25 septembre 2014

ROMAN ETRANGER : Au nom du père

Erina n'a ni mari ni enfants. La faute à une figure paternelle déstabilisante, fascinante mais longtemps absente, et n'ayant jamais joué son rôle. Sauf que cete figure du refoulé resurgit au moment le plus inattendu, obligeant l'héroïne de ce beau roman à tenter de renouer le fil de son histoire…

Jamais le père très absent d'Erina, l'héroïne de ce roman triste comme une ballade et gai comme une ritournelle, n'aura été aussi présent que depuis qu'il est mort. Car voilà qu'une nuit de grand vent et de froid sidérant dans les rues de Montréal, son fantôme se manifeste à la jeune femme et l'entraîne chez lui et sa nouvelle compagne pour lui demander une chose insensée : déterrer ses cendres pour aller les disperser là où il l'aura choisi. On imagine la réaction d'Erina, d'autant que la figure fascinante de ce Vassili lui a longtemps manqué, puisqu'il est parti lorsquelle avait onze ans, disparaissant pour une très longue période avant de revenir vivre, l'âge venant et la mort approchant, chez son ancienne épouse… Face à cet homme qui traversait le monde comme il traversait la vie, en coup de vent et sur des coups de tête ou de cœur, Erina demeure éternellement une petite fille un peu perdue, héberluée, émerveillée, trahie. Le beau texte de la Canadienne Catherine Mavrikakis circule ainsi entre les époques, au gré des souvenirs, reconstituant cette image paternelle et la relation de son héroïnes (son double à l'évidence) avec lui. Roman tendre et cruel, intime et universel, La Ballade d'Ali Baba confirme le talent magistral et sensible de l'auteur des Derniers jours de Smokey Nelson.

Catherine Mavrikakis, La Ballade d'Ali Baba, éd. Sabine Wespieser, 18 €.

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