mardi 26 août 2014

ROMAN ETRANGER : Ah, la merveille !

A 89 ans, l'auteur des chefs-d'œuvre Un bonheur parfait et Un sport et un passe-temps, nous offre avec Et rien d'autre un des plus beaux romans qui soient, portrait mélancolique d'un homme qui, sans rater sa vie, passe un peu à côté…

Il se passe bien des choses dans une vie d'homme : des rencontres et des séparations, des échecs et des réussites professionnelles, des départs, des retours, de l'amour qui dure ce qu'il dure, quelques morts alentours, la guerre parfois… C'est beaucoup, c'est presque rien, une accumulation de petites et de grandes choses, celles accomplies et le regret des autres. La matière de Et rien d'autre, le sublime dernier roman de James Salter, est là. On y suit, sur plusieurs décennies, Philip Bowman, soldat dans le Pacifique, aspirant journaliste, éditeur, amoureux, divorcé, toujours entre contentement et frustrations, toujours dans l'attente d'un bonheur qui ne vient pas, ou pas complètement, ou pas longtemps. Chaque page de ce livre est ainsi nimbé d'une douce mélancolie, quelque chose d'indicible qui tient à l'écriture si simple en apparence et pourtant si précise de l'auteur d'Un bonheur parfait et qui n'en finit pas de bouleverser. Styliste magnifique (on voudrait tout citer !), James Salter donne l'impression qu'aucun de ses mots ne saurait être remplacé par un autre, qu'aucune de ses phrases ne saurait être modifiée sans être déséquilibrée, qu'aucun des lieux ou des états psychologiques qu'il décrit ne saurait l'être autrement sans risquer d'être faux. Procédant par ellipses, en s'écartant sans cesse de sa voie principale pour suivre, le temps d'un chapitre ou de quelques lignes, un personnage qui entre dans le champ avant d'en ressortir, Salter construit un roman poignant et d'une justesse absolue sur l'inaccomplissement de toute existence. Une pure merveille.

James Salter, Et rien d'autre, éd. de l'Olivier, 22 €.

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