lundi 31 mars 2014

ROMAN ETRANGER : On dirait le Sud…

Dix ans après sa mort, il est grand temps de découvrir Larry Brown, un de ces auteurs dont l'Amérique a le secret. Et comme Joe, un de ses meilleurs romans, s'apprête à débarquer au cinéma dans une très bonne adaptation menée par Nicolas Cage (en salles le 30 avril), il faut d'urgence se précipiter sur ce texte formidable, entre alcool, laissés pour compte du rêve américain, tentative de rédemption…

Les héros de Larry Brown ne sont pas de ceux pour qui la vie est un tapis de roses. Le bonheur ne l'intéresse guère. Non, chez Brown, il n'y a au fond que des losers, des hommes qui se débattent dans leurs échecs et qui essaient de s'en sortir, que des humains cabossés — et cela n'attend pas le nombre des années. Prenez Joe par exemple. Dans ce roman, deux paumés se rencontrent et tentent de se soutenir. Mais si celui qui donne son titre à cette histoire est un quinquagénaire qui noie ses déroutes dans l'alcool, le second, Gary, est un gamin de 15 ans à peine, rejeton d'une famille qui erre sur les routes, entre un père violent et une mère qui a depuis longtemps baissé les bras et sombré dans une folie désespérée. Se sauveront-ils l'un l'autre ? C'est tout l'enjeu de ce texte au style brut et direct qui parcourt les décors d'un Mississippi délabré que n'aurait pas renié Faulkner par exemple. Car Larry Brown, mort en 2004 après avoir écrit quelques chefs-d'œuvre dont L'Usine à lapins et Fay (un roman dont l'héroïne apparaît pour la première fois dans Joe) se situe dans cette lignée-là des grands auteurs du Sud, qui n'est pas la moins passionnante de la littérature américaine.

Larry Brown, Joe, éd. Gallmeister, 10 €.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire