lundi 27 janvier 2014

ROMAN FRANÇAIS : Le come-back de Nadia Comaneci

Le dernier roman de Lola Lafon est bien autre chose qu'une biographie de la gymnaste surdouée des JO de Montréal, en 1976. Plutôt une séduisante rêverie autour de la figure mythique de Nadia Comaneci dans laquelle il est question du corps des jeunes filles, de la dictature Ceaucescu, de la volonté et de la vérité.

Parfois, dans le récit de la narratrice de ce roman, interviennent, en clôture des courts chapitres, des passages en italique. C'est Nadia C., Nadia Comaneci, qui prend la parole un instant, qui commente, qui contredit, qui murmure, qui se fâche et se tait. Est-ce vraiment elle ? Non, et pourtant oui, et finalement qu'importe. Dès un rapide avant-propos, Lola Lafon nous a prévenu qu'il s'agissait, en dehors des dates et des événements, de fiction. Elle n'a jamais parlé à Nadia C. pour écrire ce livre, ce roman qui lui est consacré et où pourtant, on jurerait d'entendre sa voix, la petite voix butée et résolue de l'athlète miraculeuse qui fit dérailler les ordinateurs des JO quand elle avait 14 ans, la voix grave et désabusée de la femme de 52 ans qu'est désormais Comaneci. Le livre de Lola Lafon reconstruit, réinvente ce parcours incroyable, de 1969, lorsque Nadia entre dans une école de jeunes gymnastes roumains, jusqu'en 1989, sa fuite à quelques semaines de la chute de Ceaucescu, et son arrivée aux Etats-Unis. Elle relate avec une admiration et une émotion intenses les triomphes de cette gamine d'acier qui révolutionne le sport féminin et la chute de l'icône devenue femme, ce corps qui lui échappe, ce destin qu'elle ne maîtrise plus. Lola Lafon raconte aussi la Roumanie de ces années-là, de la fierté des années 70 à la folie ubuesque du Camarade et de la Plus Grande Scientifique du Monde. L'écriture est magnifique, la construction du livre brillante. On est fascinés par le livre et par son héroïne. Et on a qu'une envie, lorsqu'on pose ce roman stupéfiant : revisionner les exploits de Nadia C. à Montréal, en 1976.



Lola Lafon, La petite communiste qui ne souriait jamais, Actes Sud, 
21 €.

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