mercredi 4 décembre 2013

ROMAN ETRANGER : Roman monstre, monstrueuse réussite

En près de 800 pages, le Catalan Jaume Cabré réussit le prodige de nous faire approcher le Mal à travers un récit foisonnant où se côtoient un violon ancien, le nazisme dans ses pires horreurs, un amour impossible, l'Inquisition, une amitié éternelle, la transmission familiale, un jouet de chef indien et bien d'autres choses. Œuvre magistrale, Confiteor subjugue et séduit.

C'est comme un flot qui vous emporte et qui ne vous laissera jamais en repos avant de vous déposer, 800 pages plus loin, au terme d'un voyage tumultueux et passionnant. On ne lâche en effet jamais ce pavé incroyable, dont l'écriture brillante et fluide réussit le prodige de mêler, dans une même phrase, plusieurs narrateurs, ou plusieurs temps, ou plusieurs récits, sans qu'on s'y perde jamais. Car on suit en permanence le fil distendu de la mémoire d'Adria Ardevol sur ses vieux jours. Alors que ses souvenirs s'enfuient, il tente de rattraper son passé en l'écrivant, pour l'adresser à la femme qu'il a toujours aimée et qu'il 'a eue que par intermittences dans sa vie. Et cette vie, ce passé, c'est peu dire qu'ils sont hors du commun, mélangeant histoire familiale chahutée, objets de collection (un violon, une médaille, des manuscrits précieux…) aux origines parfois terribles, espérances amoureuses déçues… Confiteor est un roman mais c'est presque une bibliothèque à soi seul, comme semble le dire la photo de la couverture, tant il joue sans retenue avec les genres, avec nos habitudes de lecteurs, avec les références. Follement érudit, incroyablement brillant, souvent drôle, parfois terrible, toujours inventif : le roman de Jaume Cabré nous comble de bout en bout.

Jaume Cabré, Confiteor, éd. Actes Sud, 26 €.

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