mercredi 13 novembre 2013

PRIX GONCOURT : Cette drôle d'après-guerre


Quand les Goncourt couronnent un roman populaire et d'une efficacité redoutable, on ne peut que se réjouir. Car il est impossible de résister au souffle d'Au revoir là-haut, premier roman de Pierre Lemaître qui dessine le portrait de deux survivants de la Première Guerre mondiale…

Dans quelques jours, ce sera fini. On ne le sait pas encore, en ce 2 novembre 1918, mais on le pressent : la grande boucherie de la Première Guerre mondiale touche à sa fin. C'est à ce moment-là que Pierre Lemaître choisit de faire démarrer son roman qui ne sera donc pas un roman de guerre mais bien un récit d'après-guerre, et ce ne sera pas moins terrible. Car voilà qu'en cette veille d'armistice, un officier cherchant à redorer son blason envoie ses hommes à l'assaut, autant dire à la mort inutile. Il y aura deux survivants, deux êtres que la vie, leur classe sociale, leurs aspirations n'auraient jamais dû rapprocher et que cette bataille de trop — où l'un sauve la vie de l'autre tout en y perdant son visage arraché par un obus — transforme en amis pour la vie. La paix revenue, ils vont s'épauler et monter une hallucinante arnaque aux monuments aux morts dans une France qui, si elle célèbre sans fin ses morts héros disparus au combat, ne sait que faire de ses survivants. C'est là le cœur et le corps de ce roman impressionnant et passionnant. Impressionnant par sa construction feuilletonnesque, qui avance de rebondissement en rebondissement sans jamais nous permettre de lâcher prise. Passionnant par sa dimension historique car ce qu'élaborent Albert et Edouard est malheureusement fondé sur des faits réels. Le résultat est un bel exemple de cette littérature populaire telle que Dumas où Eugène Sue la concevaient, quelque chose d'aussi efficace qu'un polar, mais sans enquête policière : ce n'est pas un hasard. Avant de signer ce premier roman magistral, Pierre Lemaître était un auteur très reconnu de policiers (Robe de marié, Alex…).


Pierre Lemaître, Au-revoir là-haut, éd. Albin Michel, 22,50 €.

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